Comment Change-t-on?
Je me souviens de ma première année de doctorat en psychologie. Nous avions posé une question à une de nos enseignantes : « Qu'est-ce qui cause le changement, dans une psychothérapie? » Je ne pourrais pas vous rapporter ici quelle fut sa réponse. J'ai oublié comment elle l'avait articulée. Mais je me souviens être demeuré déçu et intrigué.
Déçu du fait qu'on n'arrive pas à donner une réponse claire à cette question qui est au cœur de la profession que je tentais alors de développer. Comment se faisait-il qu'on ne puisse pas nous expliquer clairement ce qui a de l'effet, ce qui cause un changement?
Et intrigué du fait qu'elle semblait avoir tant de mal à formuler une réponse simple. Cette psychologue que je respectais hautement et qui avait aidé des centaines de clients à se sentir mieux en psychothérapie avec elle. Comme si, malgré toutes ses compétences, elle n'était pas en mesure de nous dire clairement quoi du processus de psychothérapie permettait à la personne d'aller mieux.
À travers ma formation de psychologue, je suis demeuré avec cette question en tête. Et jusqu'à maintenant, j'aurais du mal à dire que j'y ai trouvé une réponse pleinement satisfaisante. Différentes lectures m'ont nourri dans cette réflexion. Mes superviseurs m'ont inspiré. Mes propres expériences de psychothérapeute m'ont permis de voir certains changements.
Je vous propose de m'accompagner. Dans cet article, je tente une réflexion sur le processus de changement, en contexte de traitement psychologique, qu'il s'agisse de traiter des problèmes d'estime de soi, une anxiété débordante ou une humeur dépressive.
L'Approche Psychanalytique : Prise de Conscience et Perlaboration
Qu'est-ce qui fait que l'on change? Cette question est au cœur des querelles entre différentes écoles de pensée. Une lecture analytique classique suggère que le changement s'effectue par la prise de conscience de mécanismes inconscients. Comprendre pour quelles raisons on agit. Réaliser à la fois les limites du libre-arbitre et à la fois agrandir la portée de ce même libre-arbitre.
Découvrir que l'on se défend de menaces, réelles, imaginaires ou archaïques avec des mécanismes plus ou moins puissants, plus ou moins adaptés à la situation actuelle. C'est ensuite une perlaboration : encore et encore, il faudra remettre à jour ses mécanismes de défense, les voir se déployer et y poser un regard critique.
La théorie freudienne veut qu'une compréhension de plus en plus grande de ses mécanismes en diminue la rigidité. Et c'est bien la rigidité qui serait problématique, dans les mécanismes de défense. Ces moyens d'adaptation qui seraient utilisés dans des contextes non appropriés. Le changement serait une plus grande souplesse dans les réactions. Réactions aux événements, aux autres et à soi-même.
Exemple : Le Refoulement de l'Agressivité
Prenons l'exemple d'un patient qui aurait pour habitude de refouler son agressivité (p. ex., ne pas ressentir de colère). Une des conséquences les plus fâcheuses de cette habitude serait au plan social. Pour éviter les conflits, ce patient ne manifestera pas ses besoins avec affirmation. Ce qui l'amènera tôt ou tard à se sentir exploité par les autres. Une prise de conscience de l'existence et de la manifestation de ce mécanisme de défense représente la première étape afin de s'en libérer.
La Résolution du Transfert
La psychanalyse, c'est peut-être aussi voir le changement comme une résolution du transfert. Le transfert pourrait être défini comme la confusion que le patient démontre entre la relation réelle entre le thérapeute et lui-même et une idéalisation ou une dévaluation du thérapeute qui s'appuie sur les expériences antérieures.
Dans ce contexte, le patient se met peu à peu à traiter le thérapeute comme une figure importante du passé. En prenant conscience petit à petit des caractéristiques que le patient projette sur son thérapeute, il peut peu à peu réaliser sa manière d'être en relation et quel rôle il donne aux figures d'autorité.
L'Approche Comportementaliste : Apprentissage de Nouveaux Comportements
Il est permis de voir le changement en psychothérapie de manière plus concrète. Le modèle comportementaliste suggère que ce serait par l'apprentissage de nouveaux comportements que l'on change. De complexes comportements seraient modifiés par des changements à plus petite échelle.
Comme le propose Skinner, un individu apprend en imitant les comportements des autres. De plus les conséquences de ce comportement, qu'elles soient positives ou négatives, influenceront la probabilité plus ou moins grande que ce comportement soit répété dans le futur.
Exemple : La Dépression
Par exemple, un client qui vit une dépression pourrait développer, au cours d'une séance de thérapie, des stratégies afin de se remettre en marche, recommencer à poser les gestes qui lui permettront de se sentir bien, de développer et d'entretenir des relations saines, prendre soin de lui-même, revoir des amis, etc. Ces gestes simples appris ou réappris permettront au client de se sentir mieux avec lui-même.
Le Conditionnement Classique
Une autre application du modèle comportementaliste serait le conditionnement « classique ». Vous avez presque tous entendu parler du chien de Pavlov. Pavlov sonnait une cloche avant de nourrir son chien. Le chien en vint à associer la cloche à la nourriture. Plus tard, le chien se mit à saliver en entendant la cloche et ce, même lorsqu'il n'y avait pas de nourriture.
Beaucoup de peurs ont été apprises de cette façon. En psychothérapie comportementale, il serait possible de « briser » l'association entre le stimulus et la réponse apprise en pratiquant ce qu'on appelle l'« extinction ». On déterminera une marche à suivre pour permettre au client de s'exposer graduellement au stimulus anxiogène afin d'éteindre la réponse apprise.
Les Théories Cognitivo-Comportementales
D'autres théories cognitivo-comportementales mettent surtout l'accent sur l'effet qu'ont les émotions, les pensées et l'environnement sur les comportements d'une personne. Ainsi, s'il est possible de modifier les pensées ou les émotions d'un client, il est possible de changer son comportement.
On considère que certains troubles rencontrés par les clients sont dus à des perceptions ou à des interprétations erronées de certaines situations. Ces perceptions ou interprétations erronées entraînent des émotions désagréables. La forme classique de thérapie cognitive vise à aider le client à identifier ses manières de penser erronées et à les adapter à la réalité. C'est ainsi que le changement thérapeutique se produit.
L'Approche Humaniste : Les Conditions du Changement
En réaction à la vision limitée de l'être humain que proposaient les approches psychanalytique et comportementaliste, certains psychologues ont proposé que le changement vient de lui-même, si on fournit au client en thérapie les conditions nécessaires pour que le changement se produise.
Rogers a défini trois conditions essentielles :
1. Un Regard Positif Inconditionnel
Le client a besoin de sentir que la considération et l'aide que lui apporte le thérapeute ne sont pas influencées par les comportements du client ou par ce qu'il confie au thérapeute. De cette manière, le client ne se sentira pas jugé et se sentira libre d'exprimer ce qu'il vit.
2. Authenticité
Le thérapeute doit se montrer authentique avec le client, être confortable de lui présenter ce qu'il pense et ce qu'il ressent. De cette manière, le client peut faire confiance au thérapeute et celui-ci agit comme modèle à imiter.
3. Empathie
Le thérapeute doit d'une part comprendre les idées qui sont communiquées et les émotions qui sont vécues par le client. Et il doit lui communiquer cette compréhension. De cette manière, le client peut mieux se voir et mieux se comprendre.
La théorie humaniste considère que l'humain porte en lui tout ce qu'il faut pour se développer, s'actualiser, répondre à ses différents besoins. Ce sont principalement des événements qui le détournent de sa vraie nature qui bloquent ce processus de développement. Et ce serait à travers une relation thérapeutique qui réunit les trois conditions citées ci-dessus que le client peut redémarrer son processus d'actualisation et répondre à ses besoins.
Réflexions Issues de la Pratique
Après avoir succinctement décrit les trois principales approches à la psychothérapie et les mécanismes de changement qu'elles proposent, je vous propose maintenant un regard plus ancré dans mes expériences de pratique.
« Go with the resistance first », nous rappelait souvent une superviseure que j'ai eue au début de ma formation. Cette consigne renvoie à une théorie classique de la pratique de la psychanalyse. Cette superviseure aimait à nous rappeler que chaque mot de cette consigne renfermait en lui-même une directive. Un ensemble de directives que nous pourrions résumer par : « le changement s'effectuera par ce qui se passe dans la relation réelle avec le thérapeute ».
Ce qui m'a le plus marqué à travers ma formation et ma pratique, c'est l'importance de la relation thérapeutique elle-même comme vecteur de changement. Quelle que soit l'approche théorique, c'est dans la qualité de cette relation, dans la façon dont le thérapeute accueille, comprend et accompagne le client, que se trouve peut-être la clé du changement.
En Conclusion
Le changement en psychothérapie demeure un phénomène complexe qui ne se laisse pas facilement réduire à une formule simple. Les différentes approches théoriques offrent des perspectives complémentaires : la prise de conscience de l'inconscient, l'apprentissage de nouveaux comportements, ou la création d'un espace relationnel sécurisant.
Peut-être que le changement survient lorsque plusieurs de ces éléments se conjuguent : une relation thérapeutique de qualité, une meilleure compréhension de soi, l'acquisition de nouvelles façons de faire et de penser, le tout dans un contexte où la personne se sent accueillie et comprise sans jugement.
Si vous souhaitez entreprendre une démarche thérapeutique, l'équipe du Regroupement Psychologues Montréal peut vous accompagner dans ce processus de changement, quelle que soit l'approche qui vous convient le mieux.