Pour lire Jacques Lacan, de Philippe Julien — Quatrième et dernier billet : vers le réel, un autre imaginaire, et la question de l'après

Dans nos trois précédents billets, nous avons accompagné Philippe Julien à travers les trois premières parties de son ouvrage classique, Pour lire Jacques Lacan — Le retour à Freud. Nous avons d'abord exploré « L'ombre de Freud » (1932-1953), cette longue période au cours de laquelle le jeune Lacan — psychiatre fasciné par la paranoïa, inventeur du stade du miroir, théoricien de la connaissance paranoïaque — cueillait sélectivement dans le texte freudien ce qui nourrissait ses propres intuitions cliniques. Nous avons ensuite suivi le tournant de 1953, où Lacan, introduisant les trois nominations du symbolique, de l'imaginaire et du réel, entreprenait un retour systématique au texte de Freud — un « commentaire littéral » qui renouvelait la clinique psychanalytique en même temps qu'il donnait au freudisme un « grand coup de balai ». Enfin, la troisième partie nous a conduits au cœur de la question du transfert, de la notion de sujet supposé savoir à la figure de l'agalma tirée du Banquet de Platon. Dès ce parcours, une ligne de force se dessinait : l'importance inaugurale du stade du miroir dans la genèse de la pensée lacanienne, importance que Julien ne cesse de reprendre et de déplacer au fil de son livre.

Il nous reste à parcourir les deux dernières parties du livre — « Vers le réel » et « Un autre imaginaire » — ainsi que la conclusion, intitulée de manière programmatique « La psychanalyse appliquée au miroir ». Mais ce dernier billet est aussi l'occasion de prendre du recul : de récapituler le mouvement d'ensemble de l'ouvrage, d'évaluer l'intérêt de la démarche de Julien, et de poser une question que l'auteur ne formule pas explicitement mais que tout son livre appelle — celle de la psychanalyse comme révolution toujours à reprendre.

Quatrième partie — Vers le réel



La quatrième partie du livre, « Vers le réel », couvre les années 1960 et le début des années 1970, période où l'enseignement de Lacan connaît un remaniement considérable. Julien l'organise en trois chapitres : Une démarche cartésienne, Une opération littérale et Un enjeu pulsionnel.

Une démarche cartésienne



Le premier chapitre montre comment Lacan, à partir du Séminaire XI (Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1964), opère ce qu'il appelle lui-même un « retour à Descartes ». La référence peut surprendre : Descartes, avec son cogito, semble incarner le sujet de la certitude consciente — l'exact opposé de ce que la psychanalyse nous enseigne. Or, Julien montre que Lacan ne revient pas à Descartes pour le réfuter, mais pour le subvertir. Le doute radical de Descartes produit un sujet — « je pense, donc je suis » — qui est un sujet de la certitude. Mais Lacan y entend autre chose : le sujet qui surgit dans le doute n'est pas le moi plein et transparent de la tradition philosophique; c'est un sujet évanescent, qui n'apparaît que dans l'instant de sa propre division. « Je pense où je ne suis pas, je suis où je ne pense pas » : cette formule célèbre de Lacan renverse le cogito en montrant que le sujet de l'inconscient se manifeste précisément là où la conscience fait défaut — dans le lapsus, le rêve, le symptôme.

Julien souligne que cette « démarche cartésienne » permet à Lacan de fonder le sujet de la psychanalyse de manière rigoureuse, sans l'ancrer dans une psychologie du moi ni le réduire à un effet de langage désincarné. Le sujet de l'inconscient est un sujet représenté par un signifiant pour un autre signifiant — mais cette représentation ne produit aucune plénitude. Elle produit au contraire un reste, un résidu irréductible : l'objet a, qui désigne ce qui, de la jouissance, échappe à toute symbolisation.

Une opération littérale



Le deuxième chapitre s'attache à la manière dont Lacan, tout au long de son enseignement, travaille la question de la lettre. Julien reprend ici le célèbre « Séminaire sur La Lettre volée » de Poe, où Lacan montre que la lettre — au sens matériel du terme, mais aussi au sens de la lettre du signifiant — circule entre les sujets et les détermine à leur insu. Ce qui importe n'est pas le contenu de la lettre (nul ne le connaît), mais sa place dans le circuit symbolique : la lettre arrive toujours à destination, parce que c'est sa trajectoire même qui assigne à chaque sujet sa position.

Mais Julien va plus loin. Il montre que la lettre chez Lacan n'est pas réductible au signifiant. Elle est ce qui, du signifiant, fait bord avec le réel — ce qui inscrit dans l'écriture quelque chose qui échappe au sens. L'opération littérale, c'est cette tentative de cerner le réel non pas en le nommant (car le réel est justement ce qui résiste à la nomination), mais en le bordant par l'écriture. Les mathèmes de Lacan, ses formules, ses graphes — autant de tentatives pour écrire ce qui ne se dit pas, pour faire lettre de ce qui n'a pas de sens.

Un enjeu pulsionnel



Le troisième chapitre touche au plus vif de la clinique : la pulsion. Julien y montre comment Lacan reformule la théorie freudienne des pulsions dans le cadre de son propre appareil conceptuel. Chez Freud, la pulsion (Trieb) se situe à la limite du somatique et du psychique — « un concept-limite entre le psychique et le somatique », selon la formule bien connue. Lacan ne contredit pas cette définition, mais il la précise en articulant la pulsion aux quatre objets a (le sein, les fèces, le regard, la voix) et en montrant que le trajet pulsionnel n'est pas un arc réflexe visant une satisfaction, mais un circuit qui fait le tour de l'objet sans jamais l'atteindre. L'enjeu pulsionnel est donc celui du réel de la jouissance — cette jouissance qui ne se laisse ni symboliser entièrement ni imaginer comme totalité, mais qui insiste dans le symptôme et dans la répétition.

C'est ici que Julien montre l'insuffisance du « tout-symbolique » de la période précédente. Si l'inconscient est structuré comme un langage, il n'est pas tout langage. Il y a dans l'expérience analytique quelque chose qui résiste à la parole, qui ne peut être dit mais seulement montré, répété, agi. Le réel, c'est ce point de butée — et c'est vers lui que Lacan s'achemine dans les dernières décennies de son enseignement.

Cinquième partie — Un autre imaginaire



La cinquième et dernière partie du livre, « Un autre imaginaire », constitue à notre sens le sommet de l'ouvrage et sa contribution la plus originale. Elle s'organise en trois chapitres : Le trou dans l'imaginaire, L'imagination du triple trou et L'imaginaire de la consistance.

Le trou dans l'imaginaire



Julien rappelle d'abord un fait souvent méconnu par les lecteurs de Lacan : la dimension imaginaire, qui était au point de départ de toute l'élaboration lacanienne (la paranoïa, le miroir, le narcissisme), avait été progressivement dévalorisée au profit du symbolique dans les années 1950, puis relativisée par l'introduction du réel dans les années 1960. Un certain « freudo-lacanisme complaisant », comme le dit Julien dans des termes sévères, en a tiré une doxa simpliste : dédain de l'imaginaire, exaltation de la parole, non-savoir du réel. Or, Lacan lui-même, dans son dernier enseignement, remet en jeu l'imaginaire — mais un imaginaire transformé, qui n'est plus celui du leurre spéculaire.

Ce nouvel imaginaire se caractérise par le trou. L'image du corps n'est pas seulement une surface unifiée — elle est trouée, percée aux points où la jouissance passe. Les orifices du corps (bouche, anus, regard, voix) ne sont pas des détails anatomiques : ce sont des lieux de coupure où le sujet perd quelque chose de lui-même et se constitue en perdant. L'imaginaire du trou, c'est celui d'un corps qui n'est plus le reflet unifié du miroir, mais un corps marqué par ses béances.

L'imagination du triple trou



Le deuxième chapitre nous conduit au cœur de la topologie lacanienne des années 1970 : le nœud borroméen. Lacan, empruntant aux armoiries de la famille Borromée l'image de trois anneaux entrelacés de telle sorte que la rupture de l'un libère les deux autres, en fait le modèle de la structure psychique elle-même. Symbolique, imaginaire et réel ne sont pas trois « niveaux » hiérarchisés, mais trois consistances nouées ensemble, chacune avec son propre trou.

Julien montre que cette topologie représente pour Lacan un véritable tournant. Avec le nœud borroméen, la primauté du symbolique — qui avait caractérisé toute la période du « retour à Freud » — est remise en question. Le symbolique n'est plus le registre « supérieur » qui ordonne les deux autres : il est l'un des trois, à égalité. L'imaginaire, longtemps traité comme le lieu du leurre et de la méconnaissance, retrouve une dignité théorique nouvelle : c'est lui qui, par sa consistance propre, permet de faire lien entre le symbolique et le réel. Sans cette consistance imaginaire, les deux autres registres se défont.

L'imaginaire de la consistance



Le troisième chapitre approfondit cette idée en montrant que la consistance elle-même est une propriété de l'imaginaire. Le symbolique se caractérise par le trou (le manque, la castration, la coupure signifiante); le réel se caractérise par l'ex-sistence (ce qui se tient en dehors, ce qui insiste sans pouvoir être intégré); et l'imaginaire se caractérise par la consistance — le fait de « tenir ensemble ». C'est cette consistance qui donne au corps son unité vécue, au monde sa cohérence apparente, et au nœud borroméen sa tenue.

Julien souligne la portée clinique considérable de cette réhabilitation de l'imaginaire. Si l'imaginaire est ce qui fait tenir ensemble les trois registres, alors le travail analytique ne peut se réduire à une opération symbolique (déchiffrer les signifiants de l'inconscient) ni à une confrontation au réel (traverser le fantasme). Il implique aussi un travail sur la consistance imaginaire — sur la manière dont le sujet se donne un corps, une image, une tenue dans l'existence. C'est ici que la question du miroir, point de départ de tout l'édifice lacanien, revient sous une forme profondément transformée. C'est aussi ce retour du miroir, relu depuis le réel et depuis la topologie, qui donne tout son poids au texte de 1949 et justifie qu'on y revienne directement après ce parcours avec Julien.

Conclusion — La psychanalyse appliquée au miroir



La conclusion de l'ouvrage reprend le sous-titre original du livre — L'application au miroir — pour poser une question décisive : le psychanalyste, dans la cure, ne se fait-il pas lui-même support d'un autre imaginaire ? Autrement dit, la fin de l'analyse ne réside-t-elle pas dans ce moment où l'analysant, ayant traversé les leurres de l'identification spéculaire et les impasses du symbolique, accède à un nouveau rapport à l'image — non plus l'image-leurre du narcissisme primitif, mais une image habitée par le trou, une image qui tient ensemble précisément parce qu'elle ne prétend plus à la complétude ?

Julien boucle ainsi le parcours de manière remarquable. Le miroir, qui était en 1936 le lieu de la constitution du moi comme leurre, devient en fin de parcours le lieu d'un autre rapport à soi — un rapport qui intègre le manque, qui fait place au trou, et qui ne se soutient plus de la fiction d'une unité sans faille. C'est par son application au miroir — c'est-à-dire par le passage même de l'analysant à travers la cure — que le psychanalyste se fait le support de ce nouvel imaginaire.

L'arc du livre : une récapitulation



Prenons maintenant la mesure du parcours accompli à travers les cinq parties de cet ouvrage dense et exigeant.

Le livre de Julien suit le fil de l'enseignement de Lacan de 1932 à 1980, en montrant comment chaque concept se développe, se transforme et parfois se contredit pour mieux se reprendre. On peut schématiser cet arc de la manière suivante :

- L'ombre de Freud (1932-1953) : Lacan est « lacanien avant d'être freudien ». Il découvre la psychanalyse par la paranoïa, invente le stade du miroir, formule la connaissance paranoïaque. Le registre dominant est l'imaginaire.
- Un retour à Freud (1953-1960) : Lacan introduit les trois registres et entreprend le commentaire littéral du texte freudien. Le registre dominant est le symbolique. L'inconscient est structuré comme un langage, la métaphore et la métonymie remplacent la condensation et le déplacement.
- Le transfert (1960-1964) : Lacan pense la cure analytique à travers le sujet supposé savoir, le désir de l'analyste et la métaphore de l'amour empruntée au Banquet. Le symbolique s'articule à l'imaginaire du transfert amoureux.
- Vers le réel (1964-1972) : Lacan subvertit le cogito cartésien, développe la logique de la lettre, reformule la théorie des pulsions. Le réel s'impose comme ce qui résiste à toute symbolisation.
- Un autre imaginaire (1972-1980) : Lacan introduit le nœud borroméen, redonne à l'imaginaire sa dignité théorique comme registre de la consistance, et montre que c'est l'imaginaire qui fait lien entre le symbolique et le réel.

Ce qui frappe dans cette périodisation — et c'est l'une des contributions majeures de Julien — est que les concepts lacaniens ne sont pas figés. Lire le stade du miroir de 1936 avec les yeux du Lacan de 1975 est un contresens. Inversement, lire le nœud borroméen sans connaître le stade du miroir, c'est se priver de la genèse même du concept. C'est en cela que Julien a raison d'insister sur la nécessité de dater chaque écrit et chaque séminaire : « se refuser à cette historisation, c'est se condamner à dénoncer des contradictions là où il n'y en a pas, ou à vouloir les justifier comme de fécondes antinomies ».

Lire Lacan après Lacan, comme Lacan lisait Freud après Freud



Mais c'est dans l'introduction du livre — que nous avons gardée pour la fin, selon la logique même de l'après-coup — que se trouve peut-être la clé de voûte de tout l'édifice. Julien y pose une question qui nous concerne directement, nous qui lisons Lacan en 2026 : que signifie lire Lacan après sa mort ?

La question n'est pas anodine. Julien écrit son livre en 1985, quatre ans après la mort de Lacan. Il se situe explicitement dans ce qu'il appelle « l'après-Lacan » — un temps qui n'est pas simplement chronologique mais qui exige une position subjective. Car tant que Lacan était vivant, son retour à Freud s'accomplissait par sa présence même : sa parole hebdomadaire, ses séminaires, ses interventions soutenaient, reprenaient, rectifiaient le sens de ce retour. Avec sa mort, nous sommes « frappés d'un oubli » — non pas que nous ayons perdu la mémoire, mais au sens où le retour à Freud de Lacan ne peut plus être soutenu par la présence de celui qui l'a opéré.

Or, c'est exactement ce qui s'était passé avec Freud. Lacan, dès 1953, faisait du retour à Freud son « mot d'ordre » et son « drapeau » — et il le faisait précisément après la mort de Freud (1939). Il ne s'agissait pas pour Lacan de prolonger Freud, ni de revenir pieusement à ses sources, mais de prendre le texte freudien comme un dire adressé aux analystes au-delà de sa mort, un dire-vrai qui interroge et appelle une réponse. Julien note que cette opération impliquait de lire le texte freudien « non seulement comme texte analytique, mais analytiquement » — c'est-à-dire en le soumettant aux procédures et aux règles d'inscription de l'inconscient.

Nous voici donc devant une structure en miroir : Lacan lisait Freud après sa mort; nous lisons Lacan après la sienne. Et dans les deux cas, il ne s'agit ni de compléter un édifice inachevé (comme si Lacan avait « dépassé » Freud, ou comme si quelqu'un aujourd'hui pouvait « dépasser » Lacan), ni de revenir religieusement aux sources (comme si la vérité était enfouie dans les origines et qu'il suffisait de creuser). Julien rejette ces deux tentations — qu'il appelle respectivement « la sphère » (une progression linéaire qui achève le savoir) et « la spirale » (une régression infinie vers l'origine) — pour leur opposer le modèle du « double tour » : un retour qui se ferme sur lui-même non pas pour clore le savoir, mais pour circonscrire un écart spécifique entre le premier et le deuxième tour, un espace vide dans lequel le désir de l'analyste peut s'inscrire.

Une révolution incomplète — ou toujours à reprendre



Si Julien ne le formule pas en ces termes, il est difficile de ne pas voir dans son livre une invitation à penser l'entreprise freudienne et lacanienne comme une révolution toujours à reprendre. Pas une révolution au sens politique du terme — un renversement accompli une fois pour toutes — mais une révolution au sens astronomique : un mouvement de retour qui, loin de revenir au point de départ, produit à chaque tour un décalage, un écart, une différence.

Freud a découvert l'inconscient — mais cette découverte, par sa nature même, se referme aussitôt qu'elle s'ouvre. « La seule chance de réouvrir l'inconscient est de nommer en quoi il se ferme », écrit Julien dans une formule saisissante. C'est exactement ce que Lacan a fait : nommer en quoi l'inconscient se fermait dans le freudisme de l'Ego-psychology, dans l'oubli du symbolique, dans le dédain de la parole. Mais le retour de Lacan à Freud a été lui-même « freudien » — c'est-à-dire qu'il a reproduit la même structure de ratage, d'ouverture et de fermeture. L'alliance de Lacan avec Freud est une « alliance manquée », non par accident mais par structure : parce que l'inconscient est « une cause qui est foncièrement une cause perdue ».

Que signifie cela pour nous, aujourd'hui ? Que la psychanalyse ne saurait se transmettre comme un savoir constitué, un corpus de doctrines à apprendre et à appliquer. Elle ne se transmet que par un acte — l'acte de relire, de reprendre, de remettre en jeu ce qui a été découvert, en acceptant que cette découverte est toujours menacée de se refermer. Chaque génération d'analystes est confrontée au même défi : rouvrir l'inconscient en nommant ce qui le ferme à son époque. Les « chiens de garde » du savoir constitué — qu'ils soient freudiens, lacaniens ou freudo-lacaniens — sont les premiers agents de cette fermeture.

C'est peut-être en cela que le livre de Julien, écrit il y a plus de quarante ans, reste d'une actualité brûlante. À une époque où le discours sur la « santé mentale » tend à réduire la souffrance psychique à des « troubles » évaluables et protocolarisables, où l'inconscient est censuré au profit des neurosciences et des thérapies brèves, l'enjeu n'est pas de répéter Lacan comme on récite un catéchisme, mais de reprendre le geste même du retour — un retour au texte freudien, au texte lacanien, et surtout à l'expérience de la cure, cette expérience qui « de sa nature se perd, et qui à peine ouverte se referme ».

Pourquoi ce livre, à ce moment de notre parcours ?



En terminant notre lecture de Pour lire Jacques Lacan, nous mesurons la distance parcourue depuis les Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan de Nasio, qui nous avaient offert une première carte de l'univers lacanien — vivante, clinique, pédagogique. Julien nous a donné autre chose : non pas une carte, mais le récit du voyage lui-même, avec ses détours, ses impasses et ses percées. Là où Nasio présentait les concepts comme des outils disponibles, Julien montre comment ces outils se sont forgés — et pourquoi ils ne peuvent être utilisés sans être eux-mêmes remis en question.

Nous sommes désormais mieux outillés pour aborder ce qui constituera l'étape suivante de notre parcours : la lecture directe des textes de Lacan. Grâce à Julien, nous savons qu'il faudra les dater, les situer dans l'évolution de l'enseignement, les lire non pas comme un système achevé mais comme un frayage — un chemin qui se fait en marchant, pour reprendre le mot de Machado que Lacan aimait citer. Et nous savons aussi que ce chemin ne sera jamais achevé, parce que la découverte de l'inconscient est elle-même une découverte interminable — ou, pour le dire dans les termes de Freud, une « analyse interminable ».

Prochain billet : nous reviendrons au texte de 1949 de Lacan sur le stade du miroir, dans sa première version publiée dans la Revue française de psychanalyse.

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Références consultées



Julien, P. (1990). Pour lire Jacques Lacan : le retour à Freud. Paris : Éditions du Seuil, coll. « Points Essais » (Première parution en 1985 sous le titre Le retour à Freud de Jacques Lacan. L'application au miroir*).
Lacan, J. (1966). Écrits*. Paris : Éditions du Seuil. (Notamment : « Le séminaire sur "La Lettre volée" » et « La science et la vérité »).
Lacan, J. (1949). Le stade du miroir comme formateur de la fonction du je, telle qu'elle nous est révélée dans l'expérience psychanalytique. Revue française de psychanalyse, 13*(4), 449-455.
Lacan, J. (1973). Le Séminaire, livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse* (1964). Texte établi par J.-A. Miller. Paris : Éditions du Seuil.
Lacan, J. (1974-1975). Le Séminaire, livre XXII : R.S.I.* (Inédit / publications d'associations psychanalytiques).
Nasio, J.-D. (1992). Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan*. Paris : Payot & Rivages.
* Articles précédents : Première partieDeuxième partieTroisième partie | Voir aussi : Le stade du miroir de LacanDu miroir à la parole : le Discours de Rome